La Santé dans les Ghettos noirs américains

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La Santé dans les Ghettos noirs américains

Message  Marine le Jeu 4 Déc - 22:31

La santé dans les ghettos noirs américains


Le ghetto noir, c'est la pathologie élevée à la hauteur d'une institution, l'état de mal chronique et se perpétuant lui-même - Les voies de l'homme - Ghetto Noir - Kenneth Clark
Dans l'Amérique Blanche où domine la classe moyenne, la population noire, réduite à une société de classe inférieure, se trouve doublement exclue en raison de sa pauvreté et de sa race. Le ghetto noir américain (Né dans les premières décades du siècle sous la poussée des grandes migrations des Noirs des États du Sud, descendants des esclaves affranchis) est une réalisation de cette logique d'exclusion ethno raciale imposée par un pouvoir extérieur. A l’origine, le terme de ghetto, apparu à Venise en 1516 désigne, dans les sociétés de l'Europe médiévale, un regroupement forcé de Juifs dans certains quartiers pour éviter qu’ils contaminent les Chrétiens. Comme exemples de ghettos, on peut citer celle en plein coeur de l'agglomération de Chicago, Harlem à New York, Brewster à Detroit ou Roxbury à Boston, North Philadelphia à Philadelphie, Watts à Los Angeles.
Dans les ghettos noirs américains, la santé, l’état de complet bien-être physique, mental et social, cela signifie à la fois certes, l'"état de santé" dans son sens premier (bien être corporel, souffrances), mais aussi la manière dont on "se sent" dans son quartier et son quotidien (habitat, loisirs, alimentation, sexualité, consommation), et la qualité des interrelations sociales (communication échanges solidarité). - Ainsi, les villes ont des incidences sur tous les aspects de la santé et du bien-être des citoyens à cause de facteurs environnementaux mais aussi la sécurité, les choix de logement et les possibilités d'aide sociale.
Problématique : En quoi peut-on dire que ces exclus sont paralysés dans une spirale infernale et sont loin d’avoir le pouvoir d’échapper à ces conditions de vie ? Et ne faudrait-il pas parler de survie plutôt que de vie ?

I. Ghettos (Environnement) : conséquences sur la santé des individus
A. Le ghetto est nocif pour la santé
a. Les disparités de santé peuvent dépendre des conditions matérielles et structurelles du ghetto (une bonne nutrition, un logement adéquat)
La ville américaine :
La ville américaine est en constante mutation interne mais la planification urbaine, reste très floue. Les éléments les plus durables sont les noyaux industriels qui constituent dans beaucoup de centres de villes américaines, de véritables kystes de crasse, de fumée, des zones de bruit et de pollution atmosphérique, et sont nuisibles à l'esthétique et à l'hygiène urbaines. Malheureusement, ces centres de villes coïncident avec les ghettos caractérisés par une polarisation spatiale de la pauvreté, un enclavement géographique, de la criminalité et une dégradation du bâti.

Nuisances
- Pollution atmosphérique par l'automobile et les rejets de fumées industrielle. Cf. Los Angeles.
Les ghettos urbains figurent parmi les espace les plus affectés par la recrudescence d'épidémies comme la tuberculose. Egalement : multiplication des affections de l'appareil respiratoire, la bronchite chronique, l’asthme, les cancers, les maladies des yeux et du tissu conjonctif, des anomalies sanguines à cause de cette pollution atmosphérique.

b. Les disparités de santé peuvent dépendre : du ghetto lui-même, qui, en tant qu’il est un espace d’exclusion, souligne les différences de santé entre ses habitants noirs et ses non habitants blancs et en tant qu’il est marqué par la pauvreté, ne lutte pas et (pire) qui laisse certains comportements de santé, certains modes de vie proliférer
Les noirs, non privilégiés :
The health status of Black Americans
There is a report in 1985 (US Department of Health and Human services 1985): it confirmed that blacks are poorer, less educated and less employed than whites and it detailed the clear differences between blacks and whites in terms of health status. It confirmed that Blacks are less healthy, have higher mortality rates, and dies at younger age. Blacks have higher morbidity and mortality rates than whites in virtually every disease category, in every age group and in both sexes. Les noirs bénéficient beaucoup moins que les Blancs des techniques médicales modernes. La longévité est plus brève chez les noirs (64 pour les hommes et 74 pour les femmes) que chez les Blancs (72 et 79). Ils sont plus touchés par les maladies que les Blancs : Tuberculosis, Hypertension, Diabetes, Heart disease, Stroke, Cancer, and also infections gastriques et intestinales ou pneumonie.

c. Les disparités de santé peuvent dépendre : de l'appartenance à une classe sociale particulière (le stress de vivre au bas de l'échelle hiérarchique sociale peut entraîner des maladies ou un moins bon état de santé)
Structures du pouvoir dans le ghetto :
Pouvoir politique : limité. Le vote du noir : inefficace, La presse noire et l’assistance sociale : impuissantes. Les églises : elles subissent aussi l'ambiance pathogène du ghetto et par manque d'organisation interne et de ressources, a peu de pouvoir.
Telles sont les forces qui contribuent à rendre le ghetto impuissant. Ainsi, Il s’y crée alors une ambiance pathogène qui a des répercussions graves sur la vie et la personnalité du noir. Parce que le ghetto est son quotidien, parce qu’il est rejeté, oublié et pas respecté, le noir finit par ressentir un sentiment d'infériorité :il adopte les critères de la société blanche pour se juger lui-même. On sait que l'enfant noir feint d'être blanc jusqu'à l'âge de 7 ans, où il se rend à l'évidence. Dès lors, manque de confiance, de motivation, repli sur soi et révolte sont fréquents chez l'adolescent.

B. L’encadrement médical dans les ghettos

Dans les villes centres, prédomine les d'hôpitaux publics et communautaires (universitaires ou caritatifs) qui privilégient les urgences et la médecine de ville, et minore les services de spécialités. - A l'inverse, les groupes hospitaliers privés vont en banlieue, avec une offre médicale spécialisée, à haute technicité.
A Washington : Bethesda (banlieue huppée) : 1 pédiatre pour 400 habitants /// Dans les quartiers noirs de Washington : 1 pédiatre pour 3700 enfants.
A Chicago, on parle même de « non-système de santé publique ». Mis à part le gigantesque Cook County Hospital déjà surchargé à l'excès, aucun établissement de santé du grand Chicago n'offre de soins prénatals accessibles aux futures mères qui n'ont pas d'assurance médicale privée. Ainsi s'est banalisée la pratique du "dumping périnatal" des patientes du ghetto : les femmes pauvres sans couverture maladie susceptibles d'avoir des grossesses à haut risque sont régulièrement refoulées par les hôpitaux privés.

Conclusion :
Economiquement, le ghetto n'a pas les ressources qui permettraient d'assurer son développement. Les logements surpeuplés, délabrés et malsains, entraînant un taux élevé de maladie et de mortalité et en viennent à symboliser pour le Noir, sa condition sociale et sa valeur personnelle. Mais si l’environnement sinistre des ghettos menace la santé, la vie de ses habitants, ceux-ci s’enfoncent dans un état de mal-être social, ce qui détruit l’idée d’une potentielle amélioration de ces quartiers.


II. Mal-être social (santé) régnant dans les ghettos (dû à la ségrégation) : conséquences entraînant l’immobilité et la non amélioration (pire, la dégradation) des ghettos

Les mauvaises conditions de vie renforcent la situation du ghetto
Des enquêtes d'écologie urbaine et médicale sur l'augmentation des inégalités d'accès aux soins, de la mortalité violente, de la diffusion du sida et de l'usage des drogues, a établi un lien entre d’une part, la réduction des services municipaux (par ex : la protection policière et l'équipement médical qui sont en de ça des niveaux requis pour maintenir une forte densité de population) et d’autre part la détérioration sanitaire et sociale des quartiers du ghetto. Partout où les services municipaux ont été diminués ou supprimés, les taux de morbidité et de déréliction sociale ont explosé, des quartiers entiers sont entrés dans une spirale mortelle de détérioration.

Mal-être persistant dans les ghettos, qui ne s’améliorent pas
Au sein de la communauté noire, un sentiment de frustration règne, parce qu’on ne voit pas encore le rattrapage des inégalités ni l’amélioration des conditions de vie dans les ghettos américains. Chômage ; Sous emploi ; Mauvaises conditions de logement ; Désunion des familles ;Manque d'instruction ; Discrimination sont les causes des multiples pathologies répandues dans le ghetto. Et cela entraîne :

La délinquance, Criminalité, Les gangs et aussi La drogue. Avec l'invention du crack, le marché des stupéfiants est entré de plain-pied dans l'ère démocratique. La came est partout. Selon Kenneth Clark, il y aurait 10 fois de drogués dans Harlem que dans le reste de New York. Avec les drogues, se répand un cortège d'épidémies et de maladies mortifères, dont l'hépatite C, la tuberculose et le sida entre autres.
Et corollaires de l’économie de la drogue, augmentent la multiplication des naissances de bébés infirmes, la prostitution et la criminalité des jeunes. L'impact global de l'économie de la drogue sur les quartiers du ghetto est terriblement destructeur. Elle crée un environnement à forte morbidité et elle constitue un facteur majeur de mortalité précoce. Elle affaiblit la cohésion sociale locale et le commerce des stupéfiants engendre une violence endémique qui installe l'insécurité permanente dans le quartier.
Les programmes de prévention de la délinquance ou de réadaption sont nombreux et inefficaces. 9 sur 10 des jeunes ainsi "soignés" retournent au ghetto pour continuer leurs méfaits.

"Dans la société noire où la richesse et le talent ne suffisent pas à effacer le stigmate de la couleur, aucune génération n'échappe au sort de celle qui l'a précédée, le ghetto constitue une réalité qui englobe tout, une communauté psychologique autant que géographique" (K. Clark - Le ghetto noir) Face à ce tableau très noir et très sinistre, peut-on apporter des solutions ?

III. Est-il possible de sortir de ce cercle vicieux ?
A. Cela semble très difficile
L’Hyperghettoïsation
On a donc vu que le ghetto est une accumulation spatiale de conditions sociales indésirables : privation de revenus, dégradation du logement, ou criminalité endémique et autres comportements perturbateurs. Les services sociaux et médicaux se dégradent et deviennent quasi inaccessibles depuis les réductions de subventions fédérales. Tout cela nourrit une misère sociale. La traduction géographique de ce drame urbain, c'est " l'hyperghettoïsation ". Des quartiers entiers des grandes villes américaines sont devenus des lieux d'exclusion, de relégation, où survit une véritable " underclass ". Les agglomérations les plus importantes sont les plus touchées : New York, Chicago, Los Angeles, Philadelphie, Detroit, Houston, Baltimore, Dallas et Indianapolis.
A l’extérieur des ghettos noirs, les classes dominantes estiment que la pauvreté est le résultat de pathologies collectives propres aux pauvres et au sous-prolétariat noir.

Une autre dynamique :
Exode des classes moyennes noires qui fuient les ghettos.
Cette élite noire tient à se distinguer des masses. Ils se désolidarisent totalement de la classe inférieure dont ils condamnent l'immoralité tout autant que la pauvreté, l'une engendrant l'autre. Ils adoptent en cela la théorie des blancs. Ces derniers accueille cette classe moyenne avec hostilité et la tient à l’écart. Et si, de cet exode, il résulte, à l’intérieur du ghetto un recul démographique, il faut également envisager que cet exode est une dispersion des membres des professions respectables (médecins, avocats, enseignants). Le ghetto est donc privé d'éléments puissants et d'une influence qui y améliorerait peut-être les conditions de vie. Au final, ceux qui restent dans ce ghetto initial sont donc les plus faibles et les moins capables. Néanmoins, cette classe moyenne, ayant connue les conditions des ghettos, une fois dehors, désavoue la crasse et la pauvreté des ghettos les plus déshérités, et fait des campagnes pour la propreté et la tenue des quartiers.

B. Mais en même temps, on ne peut pas nier certains changements
Les ghettos dans des villes qui ont un nouveau rapport à l’environnement :
Aujourd’hui, Chicago a l'ambition d'être la ville américaine la plus verte. Cette imposante cité industrielle possède un cœur vert. Elle s'est débarrassée de la majeure partie de son 'loop', le noyau industriel et ferroviaire du 19 eme siècle, accompagné de taudis et de ghettos étrangers.

De plus, il faut Reconsidérer la pauvreté dans les métropoles américaines
En effet, les hyperghettos ethniques des quartiers centraux concentrent de moins en moins les populations issues de l’urban underclass. Le nombre de personnes vivant dans ces quartiers est passé de 3,4 millions en 1990 à 2,2 millions en 2000. Ces hyperghettos ethniques sont en plus moins nombreux qu’auparavant et en plus ils concentrent moins de problèmes sociaux : la part des personnes vivant de l’aide publique est passée de 32,5% à 22,5% et la proportion d’exclus du système scolaire s’est réduit de près de 20%. Ce constat est visible à Los Angeles, New York, Minneapolis Saint-Paul ou Detroit.
Cependant s’il y a bien une déconcentration territoriale de la pauvreté, les problèmes sociaux sont encore largement présents dans ces quartiers de type hyperghettos ethniques.

Conclusion
La santé est-elle un privilège, un droit ou une responsabilité ? :
A l’échelle de tout le pays, le système de santé américain fonctionne mal. Dans la première puissance mondiale près de 15% de la population est sans couverture médicale. On compte plus de 40 à 47 millions de personnes non assurées. Et même pour les assurés (les salariés des petites entreprises, les pauvres avec Medicaid, ou les personnages âgées avec Medicare), la protection médicale est limitée, le système est couteux et déficitaire. Dans ce contexte, l'insécurité médicale progresse forcément dans tout le pays et à fortiori dans les ghettos noirs américains.


Tryin' to survive, tryin' to stay alive
The ghetto, talkin' bout the ghetto
Even though the streets are bumpy, lights burn out
Dope fiends die with a pipe in their mouth
Old school buddies not doin' it right
Every day it's the same and it's the same every night
I wouldn't shoot you bro' but i'd shoot that fool
If he played me close and tried to test my cool
Every day I wonder just how i'll die
The only thing i know is how to survive
Too Short "The ghetto" – 1990


Bibliographie
Kenneth CLARK - Ghetto Noir - Les voies de l'homme
Samuel V. DUH - Blacks and Aids, Causes and origins - Sage series on race and ethnic relations volume 3
ERTEL, FABRE et MARIENSTRAS - En marge, les minorités aux Etats Unis - Cahiers Libres 189-190-191
David GIBAND - Géographie sociale des Etats Unis - Carrefours - Ellipses
Claude JACQUIER - Les Quartiers Américains, Rêve et Cauchemar - Objectif Ville
JOUBERT, BERTOLOTTO, BOUHNIK - Quartier Démocratie et Santé - L'Harmattan, Logiques Sociales
Philippe PARAIRE - Les Noirs Américains, généalogie d'une exclusion - Pluriel Intervention
Loïc WACQUANT - Parias Urbains, Ghetto, Banlieues, Etat - La découverte

Marine

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